Il faut d’abord obtenir le formulaire qui autorise à demander le formulaire, expliquent des usagers épuisés par le dédale. Officiellement, tout va bien: il suffit de suivre une signalétique qui change au fur et à mesure qu’on la lit.
À 7 h 58, la file s’enroule comme un point-virgule nerveux. L’écran annonce l’appel du ticket A-001, tandis que la borne ne délivre que des Z-413 bis. Au mur, une horloge affiche « hier 16 h 02 », juste à côté d’un panneau rappelant que « la pause déjeuner est continue ». Le guichet 12 traite « les priorités ordinaires », sauf les mardis qui tombent un jeudi, où il renvoie au couloir 0, introuvable car « situé entre deux étages ».
Les exigences, elles, se contredisent avec constance: « photocopie originale » du document perdu, « justificatif de domicile sur papier dématérialisé », photographie 3,7 × 4,9 aux sourcils neutres, certificat d’urgence délivré sous vingt et un jours ouvrables. Un agent, consulté sur la nécessité d’un cachet humide en version sèche, a orienté vers le Bureau des Exceptions des Exceptions, ouvert l’après-midi de 8 h 12 à 8 h 11. « Notre règle est simple: toute exception confirme une autre exception. Nous tenons à rester imprévisibles, c’est notre seule cohérence », assure un responsable en tamponnant le néant.
En fin de parcours, chacun repart muni d’un « récépissé d’intention de revenir », valable jusqu’à la veille de sa date d’émission, à présenter le jour où l’on n’est pas convoqué. La bonne nouvelle? Le dossier est presque complet: il ne manque plus que la preuve qu’il a déjà été déposé, à récupérer au guichet 12, couloir 0. Où tout recommence.









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