Ce matin, le soleil a été trouvé roulé comme un escargot sous la nappe du ciel.
Les passants, lestés de leurs rêves, glissaient avec dignité dans des chaussures de savon.
Dans le quartier du Désert Intérieur, des vitrines pleines de vent ont commencé à vendre du temps plié en huit, ce qui a provoqué de longues files d’attente statiques où chacun avançait par l’ombre. Les clochers, pris de pudeur, ont descendu leurs aiguilles pour les transformer en cannes de promenade. On a vu des nuages à tiroirs s’ouvrir avec un bruit de soie pour libérer des souvenirs tièdes en forme de cuillers.
Au bord du fleuve, des éléphants aux pattes filiformes traversaient l’eau sans la froisser, portant sur leurs dos des valises de parfum qu’ils laissaient tomber comme des gouttes de mémoire. Le bitume, pris d’un rhume de velours, éternuait des confettis de minuit en plein midi. Des œufs grandioses couvaient des cathédrales miniatures qui, à l’éclosion, s’inclinaient pour saluer les passants couchés sur le sens du vent.
“Je confirme que le silence a changé de texture, on peut désormais le plier et le ranger dans la poche de sa veste,” a déclaré Mireille Lenticule, horlogère d’écume, en tendant une loupe pour agrandir un songe passé sous la porte. Elle assure avoir réglé l’heure sur la respiration d’un citron posé au bord d’une chaise invisible, “parce que les citrons savent compter les secondes en gouttes de lumière”.
En fin d’après-midi, les moustaches de brume ont été peignées à rebrousse-ciel par un peigne de sel, rendant aux trottoirs leur pente de velours. La mairie du Sable — qui n’existe qu’entre deux clignements — a recommandé de ne pas s’asseoir sur les miroirs, afin d’éviter d’y renverser l’ombre des soupirs. Demain, promet-on, la marée montera à l’intérieur des horloges, et chacun pourra pêcher des minutes avec un hameçon de porcelaine.









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