Ce matin, des minutes souples ont glissé des balcons comme des draps tièdes, parfumés d’orage.
Les passants, coiffés de nuages à tiroirs, marchent dans des miroirs où le sable boit le ciel.
À l’heure où la boulangerie ouvre sa lune au couteau, la rue principale s’est allongée sur un divan de sel. Des ombres impeccablement peignées, chacune soutenue par une béquille de lumière, patientent en file indienne pour être repassées. Les tramways, devenus rubans, chuchotent de porte en porte; et, des fenêtres, pendent des moustaches fraîchement cirées qui attrapent les nouvelles comme des papillons en papier. Un téléphone-homard sonne au milieu des pavés; à chaque tintement, une tasse de café rêve d’être lac.
« Je peigne le temps avec une fourchette de pluie; il sèche en forme de voilier », affirme Dame Orphée d’Etamine, gardienne du Musée des Heures Liquides, en exhibant un sac à main rempli d’aubes pliées. À ses pieds, une paire de gants voyage seule, cartographiant le trottoir comme un atlas de velours. Les vitrines, quant à elles, ont sorti leurs tiroirs de mémoire: on y vend des souvenirs neufs, encore étiquetés au fil invisible, qu’on déroule comme des pansements pour le cœur.
Plus loin, la place du marché s’est métamorphosée en horlogerie de marée: on y pèse des secondes à la louche, on les noue en nœuds marins, puis on les offre en bouquet aux passants qui cherchent un dimanche supplémentaire. Les chaises se dressent sur de fines pattes de cigogne et boivent le soleil à la paille; une pluie de boutons tombe, et chaque bouton ouvre une chemise dans le ciel, révélant une doublure couleur d’abricot. On entend, sous les dalles, des pianos étendre leurs draps nocturnes pour mieux sécher l’écho.
Quand la cloche du beffroi se met à bâiller, la ville accroche des pinces à linge au bord de l’horizon afin que le crépuscule ne s’enfuie pas par l’ourlet. Les vitrines bâclent un clin d’œil, la mer pose son front contre le trottoir, et les passants, désormais chaussés de roses, glissent en silence jusqu’au prochain rêve. Rédigée à 3 h 17, heure oblique, cette édition se repliera d’elle-même dans votre poche dès que la page aura fini de respirer.









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