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Point-virgule en cavale: la rédaction en apnée

Ce matin, un point-virgule a quitté sa phrase sans préavis, laissant deux propositions se regarder en chiens de faïence.
Nous avons suivi sa fuite à travers les colonnes, redoutant de glisser dans la marge où s’empilent déjà les ratures.

Tout a commencé à 7 h 03, quand, dans un paragraphe apparemment stable, l’intonation a trébuché: la pause élégante qu’on attendait s’est évaporée, et le texte a continué tout droit, essoufflé. Les témoins décrivent un signe «élancé, posé, vaguement ironique», aperçu pour la dernière fois entre la fin d’une idée et le début d’une autre, «là où l’on respire sans tout à fait se taire». Je précise que je suis l’article en question, et que mon sérieux tient actuellement par un trombone métaphorique.

«Je refuse d’être un simple raccord; j’exige du panache», aurait confié le fugitif à une apostrophe compatissante, avant de disparaître derrière une lettrine qui ne voulait pas d’histoires. La virgule, très émue, m’a glissé que «tenir la barre toute seule, c’est beaucoup de pression, surtout quand les phrases s’allongent comme des dimanches». On comprendra son émoi: la ponctuation n’a pas signé pour faire du funambulisme sans filet.

À ce stade, je devrais citer une étude, interviewer un typographe, ou au moins faire semblant de vérifier mes sources en clignant d’un œil. Au lieu de quoi, je me recomposerai dignement: si vous sentez un léger balancement entre ces lignes, c’est que je tente d’offrir au sens une rampe d’accès provisoire. Promis, si le point-virgule revient, on lui offrira une place honorable—ni hautaine, ni servile—juste ce qu’il faut d’entre-deux pour que les idées cessent de se tamponner.

En attendant, chers lecteurs, évitez de sauter les respirations: une phrase qui court sans s’arrêter finit par se mordre la queue. Et si, dans un coin de page, vous entendez un petit raclement de gorge distingué, ne fuyez pas: c’est peut-être lui, revenant à pas feutrés, prêt à renouer—doucement—with l’élégance du mi-temps;

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