Les trottoirs ont bâillé à l’unisson pendant que les aiguilles, fatiguées d’indiquer, s’allongeaient dans les plates-bandes.
Au-dessus, des tiroirs ouverts glissaient parmi les nuages et lâchaient des napperons de vent sur les balcons.
À la première cloche, le pavé s’est mis à onduler comme une nappe qu’on lisse d’un rêve. Les réverbères, pris de pudeur, ont replié leur lumière en mouchoirs; les bancs, vexés d’être assis depuis des décennies, se sont levés pour faire quelques pas. On a vu des montres, coulantes et souriantes, napper les statues d’un miel d’ombre tandis que les marches de l’escalier public descendaient regarder la rivière.
« Ce n’est pas une panne, a rassuré Rosalie Déboussole, horlogère du brouillard. C’est le temps qui change de peau. Il préfère aujourd’hui parler en rubans plutôt qu’en secondes. »
Sur le marché, les pêches prenaient l’ascenseur d’air tiède pendant que les violons couvaient des œufs de porcelaine. Des parapluies, contrariés par l’absence de pluie, se mirent à pleuvoir eux-mêmes en bouquets au-dessus des toits. Sur la façade du musée, une porte supplémentaire s’est dessinée: on l’ouvrait, on entrait dans une odeur de cannelle qui marchait à reculons.
La météo annonce pour midi une bruine de moustaches fines et des falaises pliables, à ranger sous l’aisselle en cas d’éclat de rire. D’ici là, les habitants sont priés de tendre leurs serviettes pour attraper les miettes de lumière: elles seront acceptées en paiement chez les boulangers de songes, qui, dit-on, pétrissent déjà des baguettes entièrement comestibles par l’oreille.









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