Au lever blême, les cadrans ont glissé des murs comme des œufs tièdes, nappe de temps sur les balcons.
Les habitants, coiffés de nuages à ressort, fouillent des tiroirs d’air pour retrouver la marche du jour.
Au premier tintement qui n’a pas eu lieu, les horloges se sont assises. Les aiguilles, devenues herbes hautes, se sont couchées dans le souffle d’un corridor invisible. Les escaliers, pris de timidité, ont rentré leurs marches comme des tortues, si bien que l’on monte désormais en flottant, la main posée sur une béquille de lumière, précaution déposée par un soleil à l’écriture tremblée.
Sur la place, une soupière géante recueille les heures fondues. Des enfants y pêchent les minutes avec des filets de dentelle, puis les rangent dans des bocaux d’ambre où elles battent encore, dociles. « Ce n’est pas un dérèglement, c’est un rêve qui transpire par les coutures du réel », assure Oniria Tavel, somnambule diplômée et gardienne du beffroi dépliable, en essuyant de la cuillère un trop-plein d’après-midi.
Les façades ont ouvert des tiroirs au niveau du ciel; il en tombe des cartes postales de parfums et des chaussures de fumée. Des éléphants aux pattes filiformes passent, portant des canapés de nuage, escortés de pieux d’ombre qui tiennent droit le plafond du jour. Les fenêtres bâillent, revealing des salons où le silence porte des moustaches et sirote des météorites de sucre.
Vers midi qui cligne, la mer de velours remonte la rue et repasse les traces avec un fer tiède. On dit qu’au crépuscule, un miroir descendra tenir la ville par la main, et que chaque seconde retrouvera sa coquille. D’ici là, le kiosque vend des miettes de matin: on les jette en l’air et, si elles retombent en papillons, c’est que demain est déjà en train d’arriver à genoux.









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