Pendant quatre minutes et douze secondes, tout a pris de la hauteur, sauf le sens commun.
Notre reportage tente de rester posé, mais admet d’emblée que ce titre flotte un peu.
Ce matin, à 8 h 07, place du Marché, les tasses ont rejoint leurs soucoupes par le haut, les balles à mémoire de forme ont rappelé qu’elles n’ont rien oublié, et les sacs de courses ont préféré léviter que peser. Les passants, petits points de ponctuation entre ciel et sol, ont cherché le bas en balayant l’air du pied, comme on tente une marche arrière dans un rêve. L’article, lui, prend des notes sur le revers de sa propre page, ce qui n’aide personne mais le rassure énormément.
« J’ai vu ma liste de courses s’envoler vers ses priorités, ça m’a remis les idées à l’endroit et mon panier à l’envers », confie Ninon Latour, fleuriste, avant que ses tulipes ne la dépassent avec un bruit de page tournée. Sur la terrasse, le café remontait dans la cafetière avec la pudeur d’un secret mal filtré. Un joggeur a réussi son record de hauteur sans quitter l’endroit, et un enfant, d’un sérieux impeccable, a demandé un mode d’emploi au trottoir.
À cet instant précis, ce papier admet qu’il est aussi concerné: chaque virgule tient la précédente par la manche, et un point-virgule joue les mousquetons. Nous avions prévu un encadré sobre, mais il s’est accroché au titre. Le présent paragraphe sait qu’il digresse: c’est son alibi. Il a essayé d’appeler un expert, puis s’est souvenu qu’il n’en fallait aucun pour raconter un phénomène qui n’existe pas et qui, d’ailleurs, refuse poliment de se laisser vérifier.
À 8 h 11, la gravité a baillé, s’est rappelé sa fonction, et tout est retombé — y compris notre volonté de métaphores verticales. Rien de cassé, sinon la promesse de finir sans jeu de mots: on appellera ça une belle chute. L’information, remise sur pied, promet de rester terre-à-terre jusqu’à midi, au moins, ce qui laisse à ce journal juste assez de temps pour relire son sérieux et ranger ses effets spéciaux.








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