Pour obtenir un simple certificat de présence, un usager a suivi un plan d’évasion à travers couloirs, tampons et mots de passe contradictoires.
La procédure, officiellement simplifiée, requiert désormais plus de preuves d’absence que de présence.
Arrivé à 8 h 59 devant le Centre de Traitement des Démarches, Martin D. découvre que la file pour prendre rendez-vous… exige d’avoir un rendez-vous. On l’envoie alors au Guichet 7, qui ne gère plus les premières demandes mais délivre l’autorisation d’attendre au Guichet 12. Là, on lui précise que le formulaire en ligne doit être imprimé, signé en noir mais « lisible comme du bleu », puis re-téléversé en format papier « numériquement agrafé ». À 9 h 02, l’accueil ferme « afin de fluidifier l’accueil ».
Le portail numérique, fier de son ergonome austère, réclame une preuve papier de l’existence du compte en ligne, imprimée sur un papier d’un blanc officiellement non spécifié. Entre deux couloirs baptisés « Escalier B (bis, sens inverse) » et « Palier 0 (niveau supérieur) », une affiche avertit : « Pièces originales obligatoires, sauf si des copies conformes prouvent qu’elles n’existent pas. » Un panneau adjacent interdit d’écrire en bleu, sauf quand c’est « plus visible en bleu ». À midi, nouvelle annonce : « Réouverture dès fermeture. »
Interrogée sur ces subtiles harmonies administratives, la Direction des Processus Circulaires rassure. « Notre priorité absolue est la cohérence des incohérences : si tout était clair, nous n’aurions plus de procédure pour le vérifier », affirme une porte-parole, jurant que le fameux Tampon A38 n’existe « que pour éviter qu’on le cherche ». Elle confirme par ailleurs que les justificatifs de domicile ne sont valables qu’à l’adresse où l’on ne réside pas encore.
À 16 h 01, l’usager récupère enfin un récépissé attestant qu’il a bien tenté d’obtenir le document, récépissé expiré à 16 h 00 « par souci d’égalité temporelle ». Son dossier, parfaitement conforme à sa propre absence, est archivé dans la Boîte À Corriger Quand Ce Sera Fini. On lui promet un envoi « par courrier numérique postal » sous « pli dématérialisé non joint », à retirer sur place munis d’une pièce d’identité qui lui sera remise… quand il l’aura présentée.








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