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Le Réel a glissé d’un cran: poireaux en l’air, lecteurs au bord

À 8 h 12, au marché central, la gravité a pris un temps mort et plusieurs légumes ont choisi la carrière aérienne.
Oui, cet article sait que cela n’a aucun sens; il respire dans un sac en papier et continue.

Les faits, s’ils méritent encore ce nom, se sont empilés comme ils ont pu: une caisse de tomates a quitté le plancher avec la dignité d’un dirigeable, un cageot de poireaux a frôlé la marquise, et un melon — qu’on disait posé — a tenté l’évasion verticale. Aucun blessé, sauf l’orthographe de “apesanteur”, maltraitée sur une ardoise à la craie. Nous avons interrogé une horloge qui a répondu en retard. Ce paragraphe s’efforce de paraître sérieux, mais son verbe a du mal à garder les pieds au sol.

Notre rédaction, équipée d’un mètre ruban et d’une mouche en lévitation consentante, a mesuré l’écart entre le vraisemblable et l’invraisemblable: 12 centimètres, avec des fluctuations dues aux rires. À ce stade, l’article reconnaît son propre dérapage et s’engage à indiquer toute courbe narrative non signalée. NDLR: cette phrase vacille; c’est normal, elle regarde en bas.

“Je ne suis qu’un boulanger, mais j’affirme que mes éclairs n’ont jamais été aussi légers,” confie Lucien, 47 ans, qui jure avoir vu une baguette tenir debout sans support “comme une idée fixe, mais croustillante”. Sa compagne, moins impressionnée, réclame que les croissants redescendent pour la pause de dix heures, “parce qu’on ne beurre pas l’air”.

Vers midi, le phénomène s’est rabougri comme une nappe mal étendue: le réel a repris, pas tout à fait au même endroit — on a retrouvé une pomme de terre sur une enseigne “Ouvert”. Si vous avez perdu le fil, il flotte trois lignes plus haut. Nous rappelons que rien de ceci n’a pour but de duper qui que ce soit, à part la pesanteur, et que nous rendrons la réalité à son propriétaire dès identification (pièce d’identité et sens commun exigés).

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