Morteciel-sur-Suette s’est ruée hier sur la première “Nuit des Derniers Prix” du crématorium municipal.
Files jusque sur le parvis: remises brûlantes, humour au troisième degré et clients décidés à ne pas perdre… la flamme.
À 23 h 59, portes grandes ouvertes, slogans au néon — “Plus vite que l’oubli” — et personnel en t-shirts “Chaud devant”. Les haut-parleurs promettaient “condoléances en livraison express”, pendant que les vigiles répétaient d’une voix de prêtre défroqué: “Un à la fois dans la chambre froide, s’il vous plaît.” Les premiers arrivés brandissaient des bons de -70% comme des cierges: l’au-delà, enfin à portée de carte bleue.
Sous les guirlandes de cendres artificielles, on comparait le “Forfait Braise Légère” à la “Minute de Silence Premium”, l’urne “Graphite Chic” à la très recherchée “Édition Paillettes Cendres Fines”. On marchandait ferme sur les “frais de dispersion optionnels” et l’“assurance anti-courant d’air”. Une mère de famille, le regard sec comme un caveau, confiait: “Au moins ici, quand ça part en fumée, on sait pourquoi.”
“Ce soir, tout le monde repart avec quelque chose, même si c’est juste un devis qui fume encore”, s’est félicitée la directrice, Dolorès Aubépine, devant un comptoir noirci d’acomptes. “On ne vend pas la fin, on vend la façon d’y arriver à temps et à prix doux”, a-t-elle ajouté, sourire crémeux, avant d’annoncer le retour de la carte de fidélité “Feu Fidèle”.
Bilan officiel: une bousculade pour la dernière urne à paillettes, trois ongles cassés et un fou rire collectif au rayon “parfums de cérémonie — note de pin ou d’encens, pas de surprise”. Rideau à minuit pile: “opération consumée”. Prochain rendez-vous teasé en lettres charbon: “Portes ouvertes au cimetière: happy hour sur les concessions à durée indéterminée”. Dans la ville, on sait déjà quoi faire samedi soir: ça détend, et au moins ici, quand tout s’envole, c’est marqué sur l’étiquette.









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