La Lune Boit le Café à Midi: Le Matin Dévisse Ses Chaussures
Cette nuit, les horloges ont bâillé si fort que l’aube s’est échappée par la fente des volets.
Dans les rues, les ombres ont mis des gants de velours pour applaudir le silence.
Au carrefour du sommeil et du trottoir, les minutes ont commencé à ramollir comme des pêches mûres; des vitrines transpiraient du miel de lumière, et un tramway a sonné un secret qui n’existait pas encore. Des passants ont suspendu leurs chapeaux à des fils invisibles, pendant que les balcons, jaloux, laissaient pousser des moustaches de brume. On a vu un escalier monter vers un grenier qui penchait tendrement, puis refuser l’altitude et se replier dans une valise en carton d’eau.
Au marché, on vendait du vent en bocaux, parfumé à la craie et au tonnerre feutré. Un violon de sable jouait tout seul sous l’œil rond d’un œuf solaire; les paroles des affichettes se posaient sur les fruits et en faisaient des lucioles muettes. Même les fontaines, trop émotives, ont remplacé l’eau par un chapelet de clés rouillées qui ouvraient — à ce qu’on dit — les poches secrètes des trottoirs.
Nous avons rencontré l’horloger du brouillard, M. Palimpseste, qui ajustait des aiguilles à l’aide d’un peigne à marée. « Je raccommode le temps avec des épingles de nuit, » affirme-t-il, l’œil mi-fermé comme une porte sur l’été. « Aujourd’hui, les secondes préfèrent marcher à reculons sur la pointe des songes; je leur prête des semelles de plume pour ne pas réveiller les murs. »
Les habitants, prévoyants, ont épinglé au ciel des soleils de secours au cas où le principal fondrait dans sa tasse. Notre édition, tirée à l’encre de vanille, se plie en barque pour rejoindre les caniveaux navigables: on y lit que demain, vers l’heure ovale, une petite pluie de souvenirs tombera, chaque goutte portant un nom oublié qui se dissout délicatement sur la langue.









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