À l’aube, le temps a fondu en rivières d’ambre, laissant la ville sécher sur un fil invisible tendu entre deux soupirs.
Dans le ciel, des tiroirs se sont ouverts d’eux-mêmes, répandant des parfums de craie tiède et de sel qui rêve.
Ce matin, au carrefour des Sables Silencieux, des horloges détachées des murs ont glissé jusqu’aux vitrines comme des méduses de laque, leurs aiguilles repliant l’air en éventails. Un téléphone-homard sonnait d’un bruit de coquillage, tandis que des chaises sans assise, appuyées sur de longues béquilles d’ombre, attendaient patiemment qu’une plume décide de tomber vers le haut. On a vu des œufs à charnières s’entrouvrir pour bâiller de petites cartes postales du désert.
“Le temps ne retarde pas, il s’étire pour mieux écouter les coquilles vides,” affirme Arielle Souffle, horlogère des marées, devant un étal de moustaches empaillées. “J’ai mesuré la seconde au mètre à ruban: elle dépasse la minute de trois soupirs et un ronron de porcelaine.” Elle précise que les cadrans, désormais amphibies, préfèrent “les flaques timides” aux poches des vestes, où la poussière leur raconte trop de souvenirs.
Plus loin, des violons plantent des racines et se mettent à photosynthétiser des nocturnes, pendant qu’une girafe de fumée s’enflamme très poliment pour réchauffer un bouquet de clés sans serrure. Les pavés, par décence, ferment les yeux lorsque passent des silhouettes à tiroirs, qui tirent de leurs propres hanches des serviettes brodées de lucioles. Les marchands de nuages, débordés, annoncent une rupture de stock de cumulus pliables: on conseillera donc aux rêveurs de transporter l’orage dans une cuillère.
En fin de matinée, la marée des aiguilles devrait se retirer, laissant sur le sable quelques calendriers en peau de pêche et des huîtres contenant des virgules inédites. Les passants sont priés de marcher en arrière pour ne pas effrayer les minutes encore sauvages; on dit que, vers midi, une sonnette invisible applaudira doucement, et que la ville, remise sur sa béquille de lumière, reprendra son souffle en ricanant dans sa manche d’écume.









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