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Attrapez-la si vous pouvez: cette Une s’échappe

Elle promettait la gravité et a choisi la glissade.
Récit en baskets d’une première page consciente de son propre dérapage.

Ce matin, à 7 h 42 (heure de marge), la première phrase a décroché le haut de la page et s’est mise à couler vers le bas comme un café trop plein. Nous avons tenté la pose sérieuse: aligner des faits, froncer les sourcils, démêler ce qui tient debout. Mais, détail gênant, chaque mot a chaussé des patins. Le titre nous a fait un signe de connivence, puis a filé comme un entrefilet timide.

Nous savons, vous savez, que ce récit est improbable. Un journal n’a pas de tendons, et pourtant le nôtre crampe. Le maquettiste jure avoir entendu un soupir venir du coin supérieur droit. “Je glisse quand ça devient sérieux, c’est ma façon de rester droite”, assure la marge de droite, visiblement émue, avant de proposer un pli discret en signe de bonne volonté.

Lecteur, ne bouge pas trop: tes yeux tiennent cette page par les bords. À chaque clignement, elle hésite, reprend son élan et repart. Nous écrivons en poursuivant, nous poursuivons en écrivant; c’est une gymnastique où l’encre fait du trapèze sans filet. Le plus étrange est ceci: la page nous entraîne sans quitter la table, une fuite stationnaire dont elle a le secret.

Si vous parvenez jusqu’à cette ligne, c’est que la Une a accepté d’être rattrapée par son propre récit. Nous déposons ici un caillou, puis un autre, pour la guider vers un sens raisonnable. Et si elle s’échappe encore, laissez-la glisser: parfois l’actualité tient debout parce qu’elle se sait assez absurde pour tomber sans se faire mal.

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