Promettant une heure bonus quotidienne grâce à un bracelet “élasto-temporel”, la jeune pousse Chronomiam déclenche une ruée délicieusement imprécise.
Entre dîners qui n’en finissent plus et siestes XXL, la réalité baille et s’étire comme une gomme à effacer les agendas.
Lancement hier à l’aube (prolongée): en moins de trois quarts d’heure — soit désormais un concept discutable — les premiers exemplaires du bracelet “+60” se sont arrachés. Dans les cuisines, les minuteurs ont capitulé avec dignité; sur les trottoirs, les joggeurs ont découvert le plaisir d’un quatrième échauffement; et les calendriers muraux, pris d’un vertige existentiel, ont tenté une carrière de napperons. “Nous allons enfin pouvoir finir ce que nous commençons”, souffle une foule ravie, avant de commencer autre chose.
Les effets collatéraux s’accumulent avec une grâce chaotique. Les soufflés gonflent d’orgueil, puis d’ennui; les séries ajoutent un générique au générique; les boulangers annoncent la “baguette-snooze”, levée à cheval sur deux réalités; les chats, loin d’être perturbés, revendiquent une sieste de rattrapage dont personne n’avait soupçonné l’avance. Même les to-do lists, d’ordinaire intraitables, se surprennent à siroter un thé avant de s’autodéclarer “brouillons inspirés”.
“Nous ne rallongeons pas les journées, nous les déplions: c’est de l’origami horaire,” affirme Romain Palet, PDG de Chronomiam, sourire en biais et montre molle au poignet. “Chaque bracelet crée une heure disponible, mais pas obligatoire: si vous souhaitez rater quelque chose, vous avez désormais plus de marge.” Interrogé sur les risques de procrastination exponentielle, il rassure: “Ce n’est pas du retard, c’est du style.”
Déjà, les usages s’inventent à la volée. Les lève-tôt s’offrent un lever avant le lever; les couche-tard pratiquent l’art discret du deuxième au revoir; les rendez-vous galants inaugurent la “bise de prolongation” avec option reprise. Et pendant que le monde s’accorde une minute pour comprendre la nouvelle heure — exercice voué à durer — une certitude s’impose: il n’y a rien de plus urgent, désormais, que de prendre son temps en flagrant délice.









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