Un temple du shopping funèbre promet de convertir vos angoisses en points fidélité.
Musique d’ascenseur en chute libre, promos “cendres comprises” et sourire congelé au comptoir: bienvenue dans la grande surface du silence.
Tapis d’entrée couleur nuit, néons qui ne clignotent qu’une fois, et flacons testeurs “pin verni” alignés au millimètre: “Dernière Minute” a ouvert ses portes ce matin avec un enthousiasme mesuré au thermomètre des morgues. Les rayons? Cercueils compacts “city break”, urnes à paillettes pour destins qui refusent de ternir, bougies qui s’éteignent avant d’être allumées “pour gagner du temps”. Les chariots grincent comme des souvenirs qu’on préférerait ne pas revoir.
“Ce n’est pas macabre, c’est pratique”, assure le directeur adjoint, costume charbon et voix capitonnée. “Nous ne vendons pas la mort, nous la rangeons en tête de gondole: moins elle se voit, plus elle part.” Au stand nouveautés, une vendeuse propose des “kits de silence prêt-à-porter” avec mode d’emploi en trois gestes simples: se taire, serrer, oublier. Les étiquettes promettent une “garantie jusqu’à ce que l’oubli vous sépare”, échange possible contre un bon d’achat de remords.
À la sortie, des clients trimbalent des sacs anthracite où l’on lit “Vous n’emporterez rien, sauf nos prix”. Un atelier d’initiation à l’épitaphe minimaliste affiche complet, tout comme la démonstration de pleureuses synchronisées “pour cérémonies pressées”. Les riverains jurent ne rien entendre, ce qui, ici, est sans doute la preuve d’un marketing réussi. Demain, grande opération “Nuit noire, tout doit presque disparaître” — la discrétion, à défaut de l’espoir, sera offerte à la caisse.









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