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Grande Marée du Temps: Les horloges fondent à midi treize

Au réveil, des secondes liquides ont dégouliné des balcons; des passants ont ouvert des parapluies d’ombre.
Des horlogers somnambules recommandent de plier la journée en quatre et de l’utiliser comme éventail.

Dans la place principale, les réverbères ont pris racine et leurs ampoules ont germé en bulbes de lumière tiède. Le pavé sue le calendrier et les vitrines bâillent des miroirs qui dorment debout. On marche en pointillés, pour ne pas effrayer les ombres, et chaque trottoir respire comme une bête apprivoisée par un rêve.

« Depuis la nuit dernière, les heures se valent: elles se superposent comme des assiettes de porcelaine tiède et tintent quand on cligne des yeux », murmure Madame Cadran, conservatrice du Musée des Sables Figés, en essuyant une heure qui coule sur son coude. Elle affirme avoir capturé une minute sauvage à l’aide d’un filet à papillons: la créature battait des chiffres au ralenti, puis s’est rendue, toute pliée, dans la poche intérieure d’un manteau sans manche.

Au marché, on vend des miches de silence et des moustaches de lune, cirées à la rosée. Des tiroirs poussent sur les cactus et s’ouvrent d’eux-mêmes pour libérer des souvenirs emballés dans du papier de brume. Les téléphones-homards sonnent, mais ne décrochent que des soupirs, et l’horloge de la gare fond par le centre comme un fruit d’or renversé sur une assiette de sel.

Ce soir, à l’heure incertaine, la ville tentera de recoiffer le temps avec un peigne en ivoire de nuage. Les cloches, bien élevées, viendront à pas feutrés compter jusqu’à presque, puis s’arrêteront pour contempler les flaques d’avenir. Tous ceux qui se présenteront avec un rêve récent recevront un sachet de secondes à faire germer derrière la lunette mi-close de leurs paupières.

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