Entre le fast-food et le pressing, le nouveau temple du dernier soupir promet “zéro attente, zéro larmes garanties” et des tarifs “qui n’enterrent pas le budget”.
La foule se presse dès l’aube, partagée entre l’odeur de café et celle d’un marketing glacé.
Sous un auvent lumineux où clignotent des néons pastel “Au revoir, bonjour économies”, la file de voitures serpente comme un cortège pressé. Un haut-parleur diffuse une berceuse de circonstance, pendant qu’un employé en gilet noir tend des menus plastifiés: “Forfait Express”, “Adieu Deluxe”, “Silence Premium” — tous servis sans quitter son siège, avec option mouchoirs biodégradables. “Ce n’est pas la mort qui nous intéresse, c’est l’expérience client”, jure un certain Hugo Lafoire, directeur marketing, cravate anthracite et sourire d’enterrement. “Nous optimisons le chagrin pour qu’il rentre dans le créneau déjeuner.”
Dans la précipitation inaugurale, quelques couacs ont semé un froid parfaitement à propos. Une famille est repartie avec un “basilic commémoratif” à la place d’une urne décorative — le pot, estampillé “Repose en paix (et sur rebord de fenêtre)”, a été récupéré deux heures plus tard, entier, assaisonné de regrets. À l’intérieur, un “mur des regrets tardifs” tapissé de post-it fluo se couvre à vue d’œil: “J’aurais dû rappeler”, “J’aurais préféré du marbre”. Le tabloïde local a déjà baptisé le concept “la barquette du deuil”.
Le gérant assure que tout est “conforme, chaleureux et calibré à 19° d’émotion”. Une carte de fidélité promet une dixième couronne offerte et un parfum d’ambiance “Feuille morte” pour tout passage matinal. À la sortie, une borne invite à noter l’expérience de une à cinq étoiles — cinq, c’est “C’était digne, j’ai même souri”, une, “C’était long, j’avais un rendez-vous après”. Le deuil en version sprint: dans la zone, on récupère sa commande, son ticket, et ce qu’il reste de pudeur.









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