À Saint-Cerfeuil-sur-Glaye, l’ustensile de 1,30 m en bois de merisier, réservé au brassage rituel de la soupe d’orties, a quitté son crochet sans laisser d’adresse.
Sans elle, impossible d’effectuer les 312 tours réglementaires avant le douzième coup de 11 h, et la foire aux ficelles de bottes risquerait l’annulation pure et simple.
Le village s’est réveillé hier en apprenant que la Louche Communale n’était plus dans l’armoire du lavoir, pourtant cadenassée depuis la Fête des Trois Chardons. Or la tradition est formelle: tout brassage avec un manche non chanfreiné à 7 degrés entraîne un dépôt de mousse et disqualifie la soupe “à la Saint-Cerfeuil”. “On ne va pas recommencer le fiasco du pagayer de 1998”, tremble Armand Croquette, maître-tourneur en soupe, en référence au remuage d’urgence effectué jadis avec une pagaie de canoë, qui avait parfumé la marmite à l’algue sèche.
Les recherches s’organisent à travers les deux rues et demie de la commune. Dernière apparition attestée: samedi, 18 h 12, lorsque Ginette Pruvost, responsable Écumage et Bulles, l’aurait “essorée à la serpillière damier” avant de la glisser “derrière le bocal à cornichons XL”. “Je l’ai huilée à l’huile de noix, j’ai noué le ruban jaune côté nord, et j’en mettrais ma main dans la bassine: elle sentait encore le cerfeuil,” jure-t-elle, la voix vibrante.
En attendant, le Comité du Goût a réquisitionné 15 poignets pour des exercices de rotation à vide avec pots de confiture, et Bibine, la chèvre testeuse de viscosité, refuse catégoriquement de lécher une goutte tant que la louche officielle n’aura pas signé la surface. Une récompense d’une tarte à la brimbelle de 28 cm est promise pour tout indice conduisant au manche chanfreiné. “On ne mangera pas tiède,” promet Armand, “mais on mangera juste—si la louche revient à temps.”









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