À 8 h 02, une virgule haute comme un bus s’est posée au milieu de l’avenue, coupant la phrase du matin en plein élan.
Notre reporter, lui-même ponctué d’incrédulité, a tenté de mesurer l’intervalle.
Elle brille un peu — métal? pluie? imagination collective? — et, honnêtement, cet article n’est pas sûr de la matière dont il est fait. Il sait seulement qu’une foule s’est formée, que les trottoirs retiennent leur souffle, et que ce lead a l’air fou parce qu’il l’est. À ce stade, nous devrions fournir des chiffres; à la place, nous fournissons une pause, ce qui, pour une virgule, relève du service public.
« Je suis venue pour que la ville respire », a déclaré la Virgule avant de s’installer entre deux passages piétons. Cette citation, entièrement invérifiable et farouchement exacte dans son absurdité, nous a été confiée par un témoin qui n’a pas donné son nom mais a signé d’un discret soupir. Les automobilistes, eux, jurent qu’ils entendent des subordonnées se former dans leurs rétroviseurs.
Vous lisez, vous clignez des yeux; notre photographe cadre un silence. Les commerçants adaptent leurs horaires à la respiration ambiante; la boulangerie, par exemple, ouvre « quand la phrase reprend », ce qui se produit puis ne se produit pas, comme il sied aux phénomènes grammaticaux. Il est tentant de conclure, mais la mise en page insiste pour prolonger la suspension: avouons-le, cette ‘une’ adore se donner des airs de virgule.
Rassurez-vous, la ville finira sa phrase. Nous mettrons alors à jour cet article à l’heure suivante — qui, pour l’instant, refuse poliment d’arriver tant que le lecteur n’a pas repris son souffle.









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