Ce matin, la ville a glissé hors de son oreiller et s’est retrouvée en plein marché des minutes liquides.
Les trottoirs ont fait la révérence aux pas endormis, tandis que le ciel, ganté de crème, tenait la pose.
À l’heure où le soleil se rase à rebrousse-temps, nos rues ont pris la consistance d’un rêve au caramel. Les montres, trop tièdes pour tenir l’heure droite, ont coulé le long des balcons comme des chats somnambules, laissant derrière elles des minutes qui sonnent en forme de coquillages. On a entendu les portes bâiller, et les lampadaires avaler posément des noyaux de cerises.
Au marché des absurdités comestibles, les étals proposaient des ombres pliées en éventail et des échos sous vide. Un tramway à pattes d’échasse sirotait une flaque d’encre en sifflotant, tandis qu’un violoncelle portier tamponnait les rêves des passants d’un cachet d’hirondelle. L’air lui-même semblait amidonné, prêt à être repassé par la lune dès ce soir.
« Je règle les heures comme on dresse des chevaux en guimauve, confie Héliodore Morveaux, horloger-flotteur et champion de sieste debout. Il suffit de tirer doucement sur la seconde jusqu’à ce qu’elle hennisse, puis de l’agrafer au pompon du vent. »
Plus loin, une file d’oreillers en goguette discutait du temps qu’il fait dans les placards, et la mer — invitée d’honneur dans une tasse à café — battait la mesure avec une petite cuillère. À midi, un grenadier a sonné douze graines, la ville a bâillé d’un seul gosier, et l’après-midi, docile, s’est plié en quatre pour tenir dans une poche de veston en nuage.









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